Le Pendu joué uniquement avec des verbes à l'infinitif change-t-il votre stratégie de lettres ?
Imaginez une partie de Pendu où vous savez d'avance une chose capitale : le mot caché est forcément un verbe à l'infinitif. Pas un nom, pas un adjectif, pas un mot invariable. Un verbe, sous sa forme de base. Cette information change tout, car en français, les infinitifs ne se terminent que d'une poignée de façons. La fin du mot, d'ordinaire mystérieuse, devient presque prévisible. Cette contrainte transforme-t-elle réellement la manière de tenter les lettres, ou n'est-ce qu'un confort marginal ? Explorons cette variante surprenante.
Quatre familles de terminaisons, pas une de plus
La force de cette variante tient à une régularité grammaticale stricte. Tous les verbes français à l'infinitif se rangent dans un petit nombre de terminaisons : les verbes en -er, de très loin les plus nombreux, les verbes en -ir, les verbes en -re, et les verbes en -oir. Quatre familles, et c'est tout. Statistiquement, la terminaison -er écrase toutes les autres : la grande majorité des verbes français en relèvent.
Cette connaissance bouleverse l'ordre des priorités. Dans une partie normale, on ne sait jamais comment finit le mot. Ici, parier sur un R final est presque toujours gagnant, car les quatre familles se terminent par -er, -ir, -re, -oir : trois sur quatre finissent par un R, et la quatrième par un E suivi de RE. Tenter le R devient un coup d'ouverture quasi systématique, ce qui serait absurde dans une partie classique.
L'avant-dernière lettre, autre point d'ancrage
Une fois le R final acquis, l'avant-dernière lettre devient le terrain de jeu. Est-ce un E (terminaison -er), un I (terminaison -ir), un O qui annoncerait -oir ? Cette case précédant le R concentre l'essentiel de l'incertitude sur la nature du verbe. La tenter tôt fait gagner une information énorme : elle réduit d'un coup le champ des possibles à une seule famille de conjugaison.
Cette logique illustre un principe général du Pendu : toutes les lettres ne se valent pas, et certaines positions sont plus informatives que d'autres. Dans la version infinitif, la fin du mot devient l'endroit le plus rentable à attaquer, ce qui inverse l'instinct habituel qui pousse à commencer par les voyelles fréquentes. Pour comprendre comment les fréquences guident normalement le jeu, l'article la fréquence des lettres en français pose les bases statistiques indispensables.
Le poids du E reste écrasant
Faut-il pour autant abandonner les voyelles ? Pas du tout. Le E reste la lettre la plus fréquente du français, et dans les verbes à l'infinitif, sa présence est doublement assurée : non seulement il abonde dans les radicaux, mais il figure dans la terminaison -er, la plus courante. Tenter le E très tôt reste donc un excellent coup, qui révèle souvent plusieurs cases d'un coup.
La stratégie optimale combine donc deux logiques : exploiter la structure grammaticale particulière (le R final, l'avant-dernière lettre) et conserver les fondamentaux statistiques (E, A, S, I parmi les plus fréquents). Le bon joueur ne choisit pas l'un contre l'autre : il superpose les deux grilles de lecture pour décider de chaque tentative. Ces fondamentaux sont rappelés dans les stratégies et astuces pour gagner au pendu.
Les pièges propres aux verbes
La variante a ses traîtrises. Les verbes du troisième groupe, irréguliers, cassent les habitudes prises sur les verbes en -er. Des infinitifs comme PRENDRE, CRAINDRE, RÉSOUDRE, ABSOUDRE ou CEINDRE multiplient les consonnes inhabituelles juste avant la terminaison, là où l'on s'attendait à un radical simple. Les doubles consonnes des radicaux (APPELER, JETER, COURIR) ajoutent une couche de difficulté que les verbes réguliers ne laissaient pas deviner.
Autre piège : la longueur. Les verbes pronominaux ou les infinitifs longs comme DÉSÉQUILIBRER, RÉAPPROVISIONNER ou CONSTITUTIONNALISER étirent le mot bien au-delà de ce qu'on anticipe, et la régularité de la terminaison ne console guère face à douze cases vides. La structure prévisible de la fin contraste alors avec un radical totalement ouvert, où il faut revenir aux statistiques classiques.
Une variante pédagogique pour les conjugaisons
Au-delà du jeu, cette variante a une vertu d'apprentissage. En forçant l'attention sur les terminaisons, elle ancre mentalement les quatre groupes de l'infinitif, ce qui est utile pour qui apprend le français ou révise sa conjugaison. Chaque mot deviné devient une petite leçon : on visualise la frontière entre le radical et la terminaison, on prend conscience de la régularité du premier groupe et de la rébellion du troisième.
Cette dimension grammaticale crée un pont intéressant avec un cousin du Pendu. Dans les mots croisés, les verbes conjugués posent un défi inverse : non plus deviner l'infinitif, mais reconnaître une forme fléchie parmi mille. Le sujet est exploré dans les verbes conjugués dans les mots croisés piègent-ils davantage que les noms communs. Comparer les deux approches éclaire la place singulière du verbe dans les jeux de lettres.
Comment mettre en place la variante
La variante est simple à organiser : il suffit d'une liste de verbes à l'infinitif, du plus courant au plus rare. On peut la calibrer selon le public : verbes du premier groupe pour les débutants, ajout du troisième groupe irrégulier pour corser le défi. Voici une trame de stratégie efficace une fois la contrainte connue :
- Tenter le R en tout premier : trois familles d'infinitifs sur quatre s'y terminent.
- Attaquer ensuite l'avant-dernière lettre pour identifier le groupe (-er, -ir, -re, -oir).
- Lancer le E très tôt : double présence assurée dans radical et terminaison.
- Continuer avec les voyelles et consonnes fréquentes (A, S, I, N, T) pour le radical.
- Se méfier des verbes longs et du troisième groupe, où le radical reste imprévisible.
Verdict : oui, et de façon spectaculaire
Jouer au Pendu uniquement avec des verbes à l'infinitif ne change pas le jeu à la marge : cela en réorganise la stratégie en profondeur. La prévisibilité des terminaisons déplace le centre de gravité du mot de son début vers sa fin, et fait du R une lettre d'ouverture là où elle serait habituellement secondaire. Le joueur apprend à lire la structure grammaticale autant que les statistiques.
C'est tout l'intérêt de ces variantes thématiques : en imposant une contrainte forte, elles révèlent à quel point la stratégie du Pendu dépend du corpus de mots employé. Il n'existe pas une seule bonne manière de jouer, mais autant de stratégies que de familles de mots. Et derrière la mécanique du jeu se cache, une fois de plus, une petite leçon sur la richesse cachée de la langue française.