La langue française rend-elle le Pendu plus difficile que l'anglais ?
Le jeu du Pendu se pratique dans toutes les langues, mais tous les joueurs ne sont pas à égalité. Un mot français et un mot anglais de même longueur n'offrent pas la même résistance aux devineurs. La langue choisie change profondément la mécanique du jeu - et le français possède des particularités qui rendent l'exercice redoutablement plus complexe.
Les accents : la spécificité française qui change tout
La première difficulté proprement française, c'est le système accentuel. La lettre E peut prendre quatre formes distinctes : e, é, è, ê, ë. Dans une version classique du Pendu où les accents comptent comme des lettres différentes, cette ambiguïté multiplie les erreurs possibles. Trouver qu'il y a un E dans le mot ne vous dit rien sur sa forme exacte.
L'anglais, lui, n'a quasiment pas d'accents natifs - les quelques mots d'emprunt comme "café" ou "naïve" sont souvent écrits sans accent en usage courant. Un joueur anglophone qui devine un E sait exactement quel caractère il cherche. Son homologue français doit en plus gérer le type d'accent, ce qui fragmente considérablement l'information obtenue par chaque tentative.
La fréquence des lettres en français est d'autant plus importante à connaître que ces variantes accentuées s'y ajoutent comme autant de "lettres" supplémentaires à prendre en compte dans votre stratégie.
Lettres muettes, digrammes et pièges orthographiques
Le français est réputé pour ses lettres muettes - des lettres présentes à l'écrit mais silencieuses à l'oral. Le H initial (haricot, heure), le S final de nombreux pluriels, le T muet des troisièmes personnes du pluriel... Ces lettres constituent un piège redoutable au Pendu : un joueur qui part de la prononciation pour deviner le mot peut complètement rater une lettre invisible à l'oreille.
Les digrammes français ajoutent une autre couche de complexité. Les combinaisons CH, GN, OU, AU, EAU, IN, AN produisent des sons que l'on ne peut pas déduire simplement de chaque lettre prise isolément. Le mot MIGNON, par exemple, contient un digramme GN (son "gn" nasal), un digramme ON, et un I - pour seulement 6 lettres. Les particularités des mots français qui compliquent le pendu sont nombreuses et méritent d'être connues de tout joueur sérieux.
L'anglais : irregular spelling contre richesse lexicale
L'anglais compense avec ses propres pièges. Son orthographe historiquement irrégulière peut dérouter les non-natifs : THROUGH, KNIGHT, COLONEL sont des mots où la correspondance son-lettre est totalement opaque. Pour un joueur qui raisonne phonétiquement, ces mots sont des cauchemars.
De plus, l'anglais a absorbé des emprunts de dizaines de langues sans les adapter - du français (RENDEZVOUS, RESTAURANT), du latin (VENI, VIDI, VICI), du grec ancien, du néerlandais, de l'arabe. Ces mots gardent souvent leur orthographe d'origine, créant des ilots de logique étrangère au sein de la langue. Au Pendu en anglais, un mot comme YACHT ou QUEUE peut déjouer même un locuteur natif.
En français, les emprunts récents (notamment de l'anglais) créent un problème similaire : WIFI, WEEK-END, SHAMPOOING sont des mots dont l'orthographe suit une logique étrangère au système français. La fréquence des lettres en français au Wordle montre d'ailleurs comment ces emprunts perturbent les distributions statistiques habituelles.
Verdict : le français est-il objectivement plus difficile ?
Pour un jeu du Pendu où les accents sont comptés comme des lettres distinctes, le français est probablement plus difficile à deviner que l'anglais, pour trois raisons cumulées : la multiplication des formes d'une même lettre de base, les lettres muettes imprévisibles, et la richesse morphologique (préfixes, suffixes, terminaisons verbales complexes) qui augmente le nombre de mots rares valides.
En revanche, si les accents sont ignorés dans la version jouée - ce que font beaucoup de versions numériques du Pendu - le français retrouve une difficulté comparable à l'anglais, avec l'avantage que sa distribution de lettres est plus régulière et donc plus favorable à une stratégie statistique. Dans tous les cas, connaître les règles de sa propre langue reste la meilleure arme du joueur, quelle que soit la langue choisie.